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850-ans-histoire

L’hôpital de Lisieux : 850 ans d’histoire

 

Naissance de la Maison-Dieu de Lisieux

Ce n’est que vers le milieu du XII° siècle de notre ère qu’apparaissent les établissements hospitaliers, dont la vocation première était l’hébergement des pauvres par vocation chrétienne. Ces centres d’accueil s’appelaient « Maison-Dieu » ; ils étaient l’œuvre d’un homme du peuple, parfois un haut dignitaire du clergé, ou de puissants barons.

Un simple bourgeois, Roger Aini, ou Lainé, fonda vers 1160 la Maison-Dieu de Lisieux. Sa donation a permis l’édification d’un bâtiment destiné aux pauvres puis d’une chapelle. Ce premier hôpital était situé dans un espace aujourd’hui limité par les tronçons de la rue Henry Chéron, du docteur Degrenne, et des rues P. Colombe et de la Poissonnerie.

Arnoult, évêque de Lisieux à cette époque, avait noué des relations amicales avec l’archevêque de Canterbury, Thomas Becket. Celui-ci, pour échapper à un attentat préparé par Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, se réfugia en France, en Normandie, et pendant son voyage, en novembre 1170 il rendit visite à son ami Arnoult, qui lui fit visiter la chapelle alors en construction. Thomas Becket y célébra les saints mystères et l’hôpital de Lisieux conserve encore aujourd’hui les reliques et les ornements dont il fit usage, et qui sont exposées dans les vitrines de la chapelle. L’anecdote veut qu’Arnoult, ayant demandé à l’archevêque sous quel nom il conseillait de consacrer l’église, celui-ci lui répondit : « Sous le nom du prochain martyr ». Quelques semaines plus tard, le 29 décembre 1170, Thomas Becket, revenu à Canterbury, fut assassiné en plein office dans la cathédrale. Le pape Alexandre III le canonisa trois mois plus tard et Arnoult, pour sa part, consacra l’église de la Maison-Dieu sous l’invocation de saint Thomas de Canterbury.

Les successeurs d’Arnoult, les évêques Raoul de Varneville et Guillaume de Rupière, poursuivirent son œuvre et le pape Luce III prit sous sa protection la Maison-Dieu de Lisieux ainsi que le prieur et les frères de la communauté.

Le pape Urbain III, quant à lui, adressa à un certain maître Barthélémy (sans doute le prieur) et aux « frères de l’hôpital de Lisieux » un bref renfermant une concession importante, prouvant par là-même que cet établissement avait pris un essor considérable : « La faculté d’avoir votre propre prêtre afin de remplir le divin ministère envers vous, envers vos hôtes infirmes et toute votre maison, de façon cependant à n’apporter aucun préjudice aux droits des églises voisines. »

 

De l’an 1200 à la Révolution

En l’an 1200, Jourdain du Hommet, fils de connétables normands, prend place sur le siège épiscopal de Lisieux. Sa famille a non seulement des possessions en Normandie, mais aussi en Angleterre. Jourdain du Hommet dépense des sommes immenses pour la splendeur de son siège épiscopal et pour le bien-être de ses ouailles. On lui doit notamment le chœur de la cathédrale Saint-Pierre.

Cet exemple est bientôt suivi par d’autres gentilshommes et possesseurs de fiefs des environs de Lisieux. On peut faire un inventaire des biens de la Maison-Dieu de Lisieux grâce à une bulle du pape Innocent III de 1210, qui énumère ce que détient la maison des pauvres. En plus de toutes ces richesses, Jourdain du Hommet ajoute une charte en juin 1218, concédant une rente perpétuelle  à la maison des pauvres de Lisieux. Désirant voir son œuvre se poursuivre après sa mort, il souhaite la laisser à des administrateurs intègres et désintéressés. Il fait appel à un ordre religieux : en 1220, les Mathurins prennent possession de la Maison-Dieu et font renouveler en 1222 par le pape Honorius la protection pontificale de la maison et de tous ses biens.

Les donations continuent d’affluer, dont certaines sont effectuées en terre étrangère par des chevaliers en croisade, pour le salut de leur âme.

Mais le début du XIV° siècle voit le nombre de legs décliner. Les seigneurs d’ancienne noblesse ayant disparu, leurs fiefs passent entre les mains de soldats de fortune ou de gens nouvellement enrichis, trop heureux d’en profiter et n’ayant guère envie de se dépouiller en vue d’une récompense morale.

En 1304, une famine terrible ravage la Normandie : la Maison-Dieu doit accueillir un grand nombre d’hôtes et compter sur toutes ses ressources pour y faire face.

En 1346, la guerre de Cent Ans ravage la région. Lisieux est assiégée par les Anglais et la ville est prise. Guillaume Guittard, évêque de Lisieux, relève les mirs démantelés, mais dix ans plus tard, la ville subit un autre siège. Cette fois, le lutte est rude et beaucoup de dégâts sont infligés à la ville, en particulier à la Maison-Dieu, située juste derrière les remparts. Charles V ayant réussi à rétablir l’ordre, l’évêque de Lisieux profite de la paix pour reconstruire et réparer la ville.

Mais en 1368, la ville est prise par Charles de Navarre, dit Charles le Mauvais, et l’évêque de Lisieux doit fuir. Les rentes des mathurins sont saisies et données à des seigneurs de la région. Les donc cessent totalement.

En 1417, le roi d’Angleterre débarque à Touques et assiège Lisieux. La ville ne résiste pas longtemps et reste sous domination anglaise pendant 30 ans. Ils y restent jusqu’en 1449. En 1447, le roi d’Angleterre ordonne au bailli de Rouen de faire délivrer au ministre, aux religieux et aux frères de la Maison-Dieu de Lisieux ce qui leur avait été octroyé par la donation de Jourdain du Hommet, à prendre sur les biens séquestrés du dernier évêque de Lisieux, Pasquier de Vaux.

 

Les XV° et XVI° siècles sont l’occasion d’un combat continuel entre les religieux et les bourgeois pour obtenir la juridiction de la ville. De nombreux procès sont intentés pendant cette période, les religieux étant accusés de s’approprier les biens destinés aux pauvres. Les bourgeois créent en 1607 un « bureau des pauvres » destiné à centraliser toutes les aumônes. Les dons n’étant pas suffisants et les pauvres étant très nombreux, il est créé une « taxe des pauvres », mal acceptée par les bourgeois qui devaient pallier le manque de religieux.

En 1662, le roi décide l’établissement, dans les villes et les gros bourgs, d’un hôpital général destiné à soigner les malades. On achète une maison dans les faubourgs de Lisieux, à l’emplacement actuel du Centre hospitalier. Léonor de Matignon octroie de généreuses donations pour le fonctionnement de ce nouvel hôpital. On procède par la suite à une fusion de l’hôpital des malades et de celui des mathurins, à travers la création d’un conseil d’administration composé de religieux et de notables. Les deux sites cohabitent ainsi jusqu’à la Révolution française.

Le nouvel hôpital manquant de personnes dévouées pour s’occuper des malades, les mathurins font agréer des « servantes des pauvres ». Ainsi, Marie-Blanche Pellerin de la Coudraye établit à Lisieux en 1716 les Dames hospitalières de Notre-Dame de la Charité.

En 1770, un incendie ravage la Maison-Dieu des mathurins et en 1783, les malades sont transférés à l’hôpital général.

 

De la Révolution à nos jours

Paradoxe de la Révolution : émancipant les pauvres, elle les mit à la porte de l’Hôtel-Dieu de Lisieux, les laissant sans ressources. Les nouveaux administrateurs eurent toutefois la sagesse de ne pas fermer les asiles aux malades et aux pauvres. Les dames de la congrégation de Notre-Dame de la Charité ayant épuisé leurs biens dans l’entretien de « l’hôpital général » (destiné aux pauvres) et de « l’hôpital des malades », un homme de loi, monsieur Lemire, engagea toute sa fortune et celle de quelques amis dans l’entretien des deux asiles. C’est à cette époque que l’hôpital des malades et l’hôpital général furent débaptisés et prirent le nom d’ « Hospice d’humanité ».

L’Empire succéda à la Terreur, les administrateurs de la ville au Bureau des pauvres dans l’administration des hôpitaux. Ils firent cesser l’état précaire dans lequel se trouvaient les deux établissements et réclamèrent une compensation pour tous les biens saisis par la Révolution. Ils finirent par obtenir gain de cause et virent même l’ajout du couvent des Mathurins et de l’abbaye des Bénédictines, à Saint-Désir.

Après une autorisation donnée par une ordonnance royale en date du 25 mars 1841, le site des Mathurins, situé près des remparts, le long de la Touque, fut vendu. L’ancien Hôtel-Dieu et la chapelle de Thomas Becket furent détruits. Seul souvenir de ce passé et d’un illustre bienfaiteur, demeure une petite rue de ce quartier : la rue Jourdain du Hommet.

L’administration de l’hôpital fut alors confiée à une commission administrative composée de 7 membres : le maire, 2 membres du conseil municipal et 4 membres nommés par le préfet. En outre, un agent comptable nommé économe fut chargé de la surveillance, la conservation, la distribution et la comptabilité de toutes les denrées et des biens. Parallèlement, un receveur était chargé de la comptabilité en argent et était seul habilité à acquitter les dépenses. Enfin, un secrétaire était responsable de la tenue du registre et un aumônier assurait le service religieux.

Le 18 juin 1897, Henry Chéron fit adopter par la commission administrative un projet d’agrandissement de l’hôpital. Le 27 juillet 1902, le ministre de l’Agriculture, M. Mougeot, posa la première pierre du nouvel hôpital pavillonnaire qui fut achevé et inauguré en juillet 1904. En 1908, l’hôpital fut baptisé « Hôpital Henry Chéron ». Henry Chéron avait tenu à montrer jusqu’au bout son attachement à cet hôpital, et à le prouver par les actes : il a ainsi demandé que son cœur soit placé dans l’hôpital à sa mort, ce qui fut fait (il s’y trouve toujours, dans la statue de Henry Chéron qui accueille les patients près de l’entrée principale).

C’est en 1959 que fut décidée la modernisation de l’hôpital avec la mise à niveau des bâtiments existants et la construction de 3 nouveaux pavillons. En janvier 1960, Robert Bisson, député-maire de Lisieux, se déplaça à Paris pour faire accélérer le projet. Le 13 juin 1960, lors d’une entrevue au ministère, il lui fut déclaré : « Pensez le problème pour l’avenir. Profitez de votre désir de modernisation pour procéder à une reconstruction complète. » Ce qui fut fait. Le projet fut confié à M. Courel, architecte, assisté par M. Duval qui lui succéda.

Le 3 juin 1962, M. Marcellin, ministre de la Santé publique, posa la première pierre du pavillon de gériatrie, qui permit de faire la transition pendant la construction du nouvel immeuble.

Les travaux commencèrent en 1966 et le centre hospitalier de Lisieux fut inauguré par le ministre Robert Boulin le 31 janvier 1971. Le ministre déclara alors : « L’hôpital est le reflet d’une civilisation. C’est pourquoi il doit évoluer en même temps que les techniques et les mœurs et s’adapter sans cesse à leur mouvement. »

La démolition de l’ancien hôpital avait permis de mettre à jour les restes d’un établissement thermal gallo-romain.

En janvier 2008, de nouveaux travaux débutèrent et en septembre 2010, l’ensemble de l’équipe du pôle Mère-Enfant a pu s’installer dans un nouveau pavillon, flambant neuf.

 

Historique établi par Michel BREQUIGNY

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